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La souffrance n’est pas dans la situation mais dans l’interprétation que nous en faisons

Les thérapies comportementales et cognitives représentent l’application à la pratique clinique de principes issus de la psychologie expérimentale. Ces thérapies se sont appuyées tout d’abord sur les théories de l’apprentissage, puis elles ont pris pour référence les théories cognitives du fonctionnement psychologique, en particulier le modèle du traitement de l’information.

Exemple : Jeanne aime les huitres, elle décide de se faire plaisir et en commande une douzaine. A peine rentrée chez elle, elle est malade et vomit tout le reste de la soirée. Elle ne pourra probablement plus manger d’huitres pendant quelques temps : son corps aura appris que ce stimulus (l’huitre) est dangereux.

Dans certains cas ces types d’apprentissages modifient les comportements dans une direction pathologique. Ne plus manger d’huitres n’est évidemment pas pathologique (plutôt utile même) mais s’il s’agissait non plus de vomissements mais d’une attaque de panique. Un jour, Karine sent son cœur s’accélérer, sa respiration devient rapide, elle ressent des secousses musculaires dans les bras, une douleur thoracique, des vertiges… Ce jour là Karine a eu peur de mourir, comme ça, c’est arrivé sans crier gare, il ne s’est rien passé de particulier ou alors elle ne s’en souvient pas. Karine se met alors à guetter la moindre sensation, elle est rapidement envahie par la crainte que cela recommence car, après tout, ça peut se passer n’importe quand. Et si ça se passe pendant que je conduis ? Je risque de perdre le contrôle de ma voiture, de me tuer ou de blesser d’autres personnes innocentes ! Alors progressivement Karine ne va plus prendre l’autoroute (car en cas de « problème » on ne peut pas s’arrêter immédiatement et puis il y a la vitesse…) ni même les tunnels ou les passerelles pour les mêmes raisons (et si je panique ? je fais quoi dans le tunnel ? où je m’arrête ?). Inévitablement Karine va éviter les routes qu’elle ne connait pas, juste au cas où… Elle ne peut plus se déplacer seule ni travailler trop loin de son lieu d’habitation. Chaque trajet devient rapidement insupportable, Karine finira par ne plus conduire, du moins plus toute seule.

L’exemple ci-dessus illustre un fait très important dans l’approche TCC :



Contrairement aux autres approches, dans la thérapie cognitive on considère que tous les problèmes psychologiques ou psychiatriques sont des conséquences (C), que les problèmes surgissent de nos croyances ou pensées (B) et non pas d’un évènement déclencheur (A). Dans l’exemple de Karine, ce n’est pas l’évènement déclencheur le problème (l’attaque de panique), mais les pensées (les « monologues intérieurs ») qui en ont découlé « j’aurai pu mourir, j’ai cru que j’allais devenir folle, ça peut recommencer n’importe où, n’importe quand, et si personne ne peut m’aider ? Si ça arrive pendant que je conduis ? »

Des comportements d’évitement se sont alors mis en place : Karine ne peut plus conduire que sur les routes qu’elle connait, elle risque de ne plus pouvoir conduire et donc de limiter sa vie sociale et professionnelle ce qui peut ensuite entrainer de nouveaux troubles (dépression, anxiété sociale etc.)

tcc_SEPPourquoi je vous raconte tout ça ?

Car le patient en TCC doit comprendre un fait essentiel à la thérapie : émotions, pensées, comportements sont liés dans un cercle vicieux ou vertueux, c’est selon…

Un autre exemple pour bien comprendre : lors d’une présentation, un membre de mon équipe me coupe brutalement la parole (Situation). Je me sens humilié mais aussi en colère contre mon collègue (émotion). Je me dis alors « il ne me respecte pas, je ne sais pas me faire respecter, si je réagis maintenant je serai ridicule » (Pensées). Finalement je ne dis rien, je me tais. Cela encourage mes collègues à m’interrompre ce qui accentue ma colère et mon sentiment d’humiliation (Comportement). Comment sortir de ce cercle ? Je vous laisse y réfléchir.

Quoiqu’il en soit au cours de la thérapie cognitive le patient est actif, il doit apprendre à repérer ses émotions, ses pensées et noter ses comportements dans diverses situations. Tout cela sera ensuite analysé en séance, éventuellement rejoué pour construire un modèle de fonctionnement. Une fois le modèle découvert et confirmé par l’expérience, la thérapie consistera à mettre en œuvre différentes techniques qui permettront de sortir de l’ornière.

Le déroulement d'une thérapie comportementale et cognitive

  • Il s’agit d’une thérapie à court terme, de 15 à 22 séances dans le cas de la dépression par exemple (pour les autres troubles cela peut varier de 4 séances à 9 mois).
  • Chaque séance dure une heure, elle est structurée pour faciliter un emploi du temps efficace et économique.
  • Le style est collaboratif : thérapeute et patient travaillent ensemble à définir et à résoudre les problèmes un peu comme deux scientifiques.
  • Le thérapeute a un rôle actif et didactique
  • La méthodologie est expérimentale (non vous n’êtes pas des cobayes) cela signifie que nous procédons d’abord par un recueil des données, nous formulons des hypothèses que nous confirmons par des « devoirs » ou bien des tests.
  • La thérapie est centrée sur l’ici et maintenant c’est-à-dire que le travail se fait sur les problèmes actuels.

Vous l’aurez sans doute compris, le thérapeute TCC est actif et les séances sont structurées. Une séance dure entre 45 minutes et une heure. Ce sont de véritables échanges au cours desquels on teste, on évalue, on fait des hypothèses que l’on cherche ensuite à confirmer ou à infirmer. La patient est donc impliqué dans sa thérapie, actif.